Bruxelles impose à partir du 1er novembre 2 euros de frais supplémentaires pour chaque catégorie d’articles d’un colis venu de Chine ou de tout autre pays hors de l’UE, quel que soit le montant de la commande. Les amateurs d’électronique qui remplissent leur panier AliExpress de composants tous différents risquent de régler l’addition la plus lourde.

Sur le papier, ce sont les plateformes, les vendeurs ou leurs intermédiaires qui doivent régler ces 2 euros, sans les facturer aux consommateurs. Rien ne les empêche en revanche d’augmenter leurs prix, ce que Temu et AliExpress ont fait dès les 3 euros de juillet - ©Audio und werbung / Shutterstock
Sur le papier, ce sont les plateformes, les vendeurs ou leurs intermédiaires qui doivent régler ces 2 euros, sans les facturer aux consommateurs. Rien ne les empêche en revanche d’augmenter leurs prix, ce que Temu et AliExpress ont fait dès les 3 euros de juillet - ©Audio und werbung / Shutterstock

L’Union européenne ajoute ces « frais de traitement » au droit de douane de 3 euros par catégorie d’articles qu’elle prélève depuis juillet sur les colis de moins de 150 euros. D’après les douanes françaises, les importations de petits colis ont reculé de 30 à 40 % dans l’Union après ce premier prélèvement. Avec les 2 euros de novembre, Bruxelles veut financer davantage de contrôles, car 5,9 milliards de petits colis sont entrés dans l’UE en 2025, dont 93 % en provenance de Chine, selon l’AFP. Pour ces nouveaux frais, aucun seuil de valeur n’est prévu, et les plateformes, légalement redevables, les répercutent plus ou moins sur leurs clients.

Des frais par catégorie, sans plafond de 150 euros

Les douanes comptent ces 2 euros par catégorie d’articles, et non par colis. Pour un envoi de vingt casquettes, quels que soient la marque ou le modèle, les frais s’élèvent ainsi à 2 euros, mais ils passent à 4 euros pour trois casquettes et quatre tee-shirts.

Jusqu’ici, un acheteur pouvait éviter le droit de 3 euros en dépassant 150 euros de commande, au prix des droits de douane classiques calculés selon la nature de la marchandise, mais il ne pourra pas échapper de cette manière aux frais de traitement. Une commande de 400 euros passée sur une boutique britannique ou américaine de cartes de développement est soumise à 2 euros par catégorie, et sur un panier de 30 euros, il faut compter 2 euros de plus par type d’article différent.

Les bricoleurs d’électronique sont en première ligne, car leurs montages réunissent souvent une dizaine de composants à quelques centimes pièce. Pierre Lecourt, qui tient le site Minimachines, a refait les comptes de son dernier montage de huit composants. Il avait payé 20 euros sur AliExpress avant juillet, et le montage lui reviendrait aujourd’hui à 44 euros avec le droit de 3 euros appliqué huit fois. En ajoutant les 2 euros de novembre, il faudra compter 60 euros, soit trois fois le prix des pièces. « Pour le moment j’ai donc totalement arrêté de faire de l’électronique », a-t-il écrit.

Des frais payés par les plateformes et répercutés sur les paniers

Sur le papier, ce sont les plateformes, les vendeurs ou leurs intermédiaires qui doivent régler ces 2 euros, sans les facturer aux consommateurs. Rien ne les empêche en revanche d’augmenter leurs prix, ce que Temu et AliExpress ont fait dès les 3 euros de juillet. L’application de cashback Joko suit 1,5 million de transactions bancaires en France et a mesuré une hausse du panier moyen de 40 % chez AliExpress et de 34 % chez Temu entre le deuxième et le troisième trimestre. AliExpress a d’ailleurs confirmé avoir intégré la taxe à ses prix finaux.

Ce n'est en revanche pas la même pour Shein. Son panier moyen n’a progressé que de 1 %, et ses clients achètent 8 % moins souvent. « Chez SHEIN, le panier moyen ne bouge pas, indiquant un recul réel de la demande », estime Joko, qui observe aussi en septembre l’effet du malus français contre la mode ultra-éphémère.

Shein a surtout anticipé en faisant construire en Pologne un entrepôt de 740 000 m². Quand une plateforme importe ses marchandises en gros puis les expédie depuis un stock européen, elle ne paie pas ces frais colis par colis, et les douanes néerlandaises ont observé que les entreprises sont de plus en plus nombreuses à importer en vrac pour stocker dans l’UE. Bruxelles prévoit des frais réduits pour les colis passés par des entrepôts spécialisés, mais seulement à partir du 1er juillet 2028, quand les droits de douane classiques remplaceront les 3 euros.

Proposés par la Commission en mai 2025, les 2 euros n’ont pas de date de fin. Bruxelles reverra leur montant tous les deux ans, en fonction du coût réel des vérifications douanières.